Dans la meme rubrique

Alerte en Action

Lettre à Mr Marini

Le samedi 27 février 2010

Le 26 février 2010

Objet : réaction à votre courrier du 19 février 2010 adressé au Président du Conseil général de l’Oise

Monsieur le Président,

J’ai pris connaissance de votre courrier du 19 février 2010 adressé au Président du Conseil général, qui ne peut décidément pas rester sans réaction de la part de notre association.

Tout d’abord, l’incinérateur de Villers-Saint-Paul n’est pas exploité depuis 6 ans à la satisfaction de tous ! Permettez-moi de rappeler que notre association citoyenne n’a jamais soutenu ce projet, qu’elle n’a pas été la seule à s’y opposer, et que c’est par une politique de la terre brûlée que cet incinérateur démesuré a été construit en zone inondable, sur la nappe alluviale et dans la seule zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique du bassin creillois :

l’estuaire de la Brêche. Vous avez obtenu deux arrêtés préfectoraux fin 2001 de la part d’un préfet sacrifié pour l’occasion, sans tenir aucun compte d’une pétition ayant rassemblé plus de 3000 signatures, ni d’une enquête publique clairement défavorable au projet. Vous n’avez pas attendu un jugement sur le fond, concernant les recours déposés au tribunal administratif d’Amiens, pour engager des travaux lourds. Pourquoi construire un tel monstre lorsqu’on dispose de 15 à 20 ans de capacité d’enfouissement à Crépy-en-Valois, Villeneuve-sous-Verberie et Saint-Maximin ? Pourquoi décréter une telle urgence à couler des doubles parois de béton à 13 mètres de profondeur à proximité du lit de la Brêche ?

Les contribuables du SMVO n’ont pas fini de se poser la question…

Satisfaction d’être bien informés ? Afin de disposer d’autres sources d’information que les brochures en couleur du programme Verdi, nous avons eu le plus grand mal à obtenir la création d’une CLIS, puis le droit d’y prendre la parole. Peu à peu, nous avons pu poser des questions et obtenir par exemple que les mesures de polluants dans le sol et les végétaux soient effectuées dans plusieurs jardins ouvriers du bassin creillois. Mais lorsqu’il est apparu fin 2005, qu’après un an de fonctionnement de l’incinérateur, les teneurs en plomb et en chrome dans les végétaux des 6 potagers témoins avaient été multipliées par 5 à 13, les résultats ont été qualifiés de biaisés et les protocoles d’analyse immédiatement modifiés, ce qui rendait impossible un suivi dans le temps à méthodologie constante. La DDASS a alors recommandé aux habitants férus de leur production potagère de ne pas se nourrir que de légumes des potagers, mais de diversifier les repas en achetant aussi des légumes dans le commerce ! En 2008, l’exploitant plaidait pour un nouveau changement méthodologique, en remplaçant cette fois-ci les légumes par des lichens : en changeant de méthode tous les deux ans, on est sûr de ne jamais aboutir à un suivi analysable…

Le combat pour l’information doit être constant : la volonté d’informer les citoyens sur le fonctionnement d’un incinérateur s’émousse vite. Après avoir débuté sur un rythme de deux CLIS par an, nous sommes passés à une CLIS en 2008 et depuis celle du 19/11/2008, nous n’avons plus eu la moindre information : zéro CLIS en 2009, toujours rien en 2010 et personne ne s’en plaint !

Ce n’est pas non plus le site du SMVO qui va se substituer à la CLIS pour informer les riverains de l’incinérateur ! Votre site ne présente malheureusement aucune donnée sur le contrôle des émissions atmosphériques, rien sur les tonnages mensuels incinérés dans chacun des fours, pas davantage sur le taux de collecte des déchets triés et de recyclage sur le territoire du SMVO. Qui se satisfait d’un site internet du SMVO qui ne fournit aucune donnée sur le fonctionnement de l’incinérateur ? Vous avez par ailleurs refusé la mise en place d’un suivi en continu des rejets de dioxines, alors que cela se fait dans un nombre croissant d’incinérateurs en Europe. Nous ne connaissons toujours pas votre bilan carbone : émissions annuelles de carbone de l’incinérateur et niveau de contribution aux émissions de gaz à effet de serre dans l’Oise ?

Enfin, mais ces quelques réactions à chaud sont loin d’être exhaustives, je vous prie de bien vouloir cesser d’affirmer que l’incinérateur ne pollue pas ! Brûler des déchets ne produit pas de l’air pur ! Effectivement, vos émissions respectent des normes techniques réglementaires, mais ces normes ne sont pas des normes sanitaires, elles sont simplement adaptées aux savoir-faire technique d’une époque donnée.

Ce n’est pas parce qu’un arrêté de 2001 vous indique que la réglementation vous autorise à émettre chaque année dans l’air du bassin creillois 4 500 kg de poussières (5 mg/m3), 27 300 kg de monoxyde de carbone (30 mg/m3), 6 370 kg de composés organiques volatiles (7 mg/m3), 9 100 kg d’acide chlorhydrique (10 mg/m3), 22 700 kg dioxyde de soufre (25 mg/m3), 910 kg d’acide fluorhydrique (1 mg/m3), 182 000 kg d’oxydes d’azote (200 mg/m3), 9 100 kg d’ammoniac (10 mg/m3), 220 kg de cadmium et thallium (0,025 mg/m3), 45 kg de mercure et ses composés (0,05 mg/m3), 450 kg d’autres métaux lourds (As,Pb,Co, …) à 0,5 mg/m3, et 90 mg de dioxines (0,1 ng/m3), soit un total général de 262 695 kg, que l’incinérateur n’est pas polluant !!

La réglementation vous autorise à polluer jusqu’à certains seuils à ne pas dépasser. Mais rien ne dit que, tant ces seuils que vos émissions réelles, ne sont pas des poisons pour les habitants. Notre association restera intraitable sur ce point : ce n’est pas parce que vos émissions polluantes sont réglementées, que la technique que vous avez choisie pour traiter les déchets non triés du SMVO n’est pas polluante et toxique pour les 80 000 habitants du bassin creillois.

M. le Président, nous vous l’avons toujours écrit : disposant des capacités de stockage qui sont les vôtres sur le territoire du SMVO, rien ne justifiait la construction d’un incinérateur pour près de 100 millions d’euros. L’avenir est à la prévention des déchets, au tri, au recyclage et à la réutilisation des matières premières sans processus destructif. C’est ce pari que fait le Conseil général de l’Oise et qu’il faut soutenir. Examinez de près ce qui se passe par exemple à Boulder au Colorado, pour voir dès aujourd’hui à quoi ressemble le futur de la prévention et du recyclage des déchets. Fixez des objectifs ambitieux au SMVO, qui a d’importantes marges de progression : comment se fait-il que moins de 30% des déchets soient triés, alors que de nombreux pays du nord et des Alpes dépassent les 60% ? Comment se fait-il que la 2ème plus grande commune du SMVO (Creil) n’ait pas été capable de généraliser sur son territoire la collecte des déchets triés avant 2008 ?

Outre une nécessaire politique de prévention des déchets, notamment auprès de la distribution, pourquoi ne pas développer le tri et de nouvelles filières de recyclage, sources d’emplois et de richesses pour demain ? Pourquoi ne pas construire sur la plate-forme chimique de Rieux-Villers-Saint-Paul un méthaniseur qui valoriserait les 30 000 tonnes de fumier de cheval du pôle cantilien avec des déchets organiques des ménages et de la restauration, pour produire un biogaz alimentant des TER à turbine à gaz, des bus fonctionnant au gaz de ville, des logements collectifs, des équipements sportifs, et ceci en produisant du compost ? Pourquoi ne pas produire nous même du biogaz avec nos matières organiques, plutôt que de soutenir une dépense de 600 millions d’euros pour brûler à Verberie du gaz importé de terres lointaines ?

Je vous prie d’accepter, Monsieur le Président, mes salutations les plus écologiques.

Le Président d’Alerte aux déchets

Pierre BOUILLON
Copies : Conseil général de l’Oise


imprimer cet article
Imprimer cet article