Dans la meme rubrique

Alerte en Action

Voeux 2010 au maire de Villers Saint Paul

Le dimanche 17 janvier 2010

Monsieur le Maire,

L’association Alerte aux déchets tient à vous adresser ses meilleurs vœux pour l’année 2010 et vous remercie très sincèrement pour le soutien annuel que vous lui apportez. Grâce à votre soutien, mais aussi à celui de la commune de Rieux, et du Conseil Général cette année, nous avons pu être une force de proposition pour la refonte du plan départemental de prévention et de gestion des déchets de l’Oise, tout en restant vigilants et exigeants sur le fonctionnement des installations existantes.

Notre principal vœu concernant l’année 2010 se concentre d’abord sur une urgence : celle de voir le projet de nouveau plan départemental (adopté par la Commission consultative pour la refonte du plan, le 15 septembre 2009), entrer le plus rapidement possible en application.

En effet, il est maintenant grand temps que le Conseil Général adresse un signal fort à l’ensemble des élus du département, annonçant le déploiement d’une politique résolument moderne et écologique pour la gestion des déchets dans l’Oise. Il y a urgence, car chaque mois, chaque semaine qui passe, est du temps donné aux promoteurs d’un 2ème incinérateur dans l’Oise, alors que le premier n’aura jamais été utilisé à pleine capacité et qu’il reste une capacité d’enfouissement de plus de 6 millions de tonnes dans l’Oise. L’avenir est à la prévention des déchets, au tri, au recyclage et à la réduction du tonnage des déchets non triés, pas à l’incinération d’un tonnage constant pendant 20 ans sur un territoire donné. Parmi les propositions novatrices que nous souhaitons vous faire, dans l’esprit du nouveau plan départemental, se trouve celle de l’installation d’un centre de méthanisation à Villers-Saint-Paul…

Un centre de méthanisation à Villers-Saint-Paul

Cette proposition que nous faisons depuis longtemps au SMVO et aux communes membres de ce syndicat, gagne chaque jour en pertinence : elle permet de valoriser de façon écologique, par la production de biogaz et de compost, sans nuisances à la population, environ un tiers du tonnage des déchets ménagers. Vous disposez à Villers-Saint-Paul d’un pôle de gestion des déchets raccordé à l’ensemble du réseau ferré départemental, susceptible d’être approvisionné :
- en déchets organiques triés à part dans les communes du SMVO (ils pourraient aussi provenir d’autres communes du département) ;
- en fumier de cheval (30 000 tonnes annuelles produites sur Chantilly, Gouvieux et Lamorlaye) ;
- en déchets alimentaires issus de la grande distribution, des cantines et des restaurants implantés dans les communes du SMVO, mais aussi dans d’autres territoires du département.

De plus en plus d’agglomérations valorisent leurs déchets organiques par la méthanisation et pas seulement en Suède, Belgique, Luxembourg, Suisse... Il suffit d’aller visiter l’agglomération lilloise, ses unités de méthanisation et de production de GNV utilisé par la flotte de bus ! Si l’on ne souhaite pas produire du biogaz à destination des transports en commun on peut également valoriser ce biogaz pour la cogénération d’eau chaude (chauffage de bâtiments collectifs) et d’électricité. Vous trouverez en pièce jointe l’exemple d’une coopérative de 19 agriculteurs, qui valorise des lisiers, fumiers et déchets ménagers organiques, à Beckerich, au Luxembourg, sous forme d’électricité pour 700 ménages et de chaleur pour 120 habitations. 

Compte tenu du gisement considérable de matière organique dont nous disposons, il nous apparaît invraisemblable qu’il soit investit par un groupe privé 550 M€ à Verberie pour brûler du gaz importé de pays lointains, alors qu’il suffit d’organiser la collecte et la valorisation des matières organiques immédiatement disponibles dans l’Oise. Ce projet est d’autant plus invraisemblable qu’il est programmé sur des terres agricoles de qualité et dans une zone Natura 2000 (Coteau de vallée de l’Automne), constituant l’un des derniers grands biocorridors de Picardie, en entrée du parc naturel régional Oise Pays de France. Le contexte de la plate-forme chimique de Villers-Saint-Paul est très différent et permettrait l’installation d’un pôle de méthanisation approvisionné par le rail en matières organiques.

Monsieur le Maire, l’association Alerte aux déchets se tient à votre disposition pour travailler sur un projet alternatif à celui de Verberie, fondé sur le développement de la collecte des déchets organiques et la valorisation à Villers-Saint-Paul de ces matières organiques, dans le cadre du nouveau plan départemental de prévention et de gestion des déchets par le recyclage.

L’implantation d’une telle unité sur la plate-forme chimique ne nous interdit pas pour autant de mieux gérer le poumon vert de l’agglomération creilloise : la basse vallée de la Brêche…

Transformer l’estuaire de la Brêche en corridor vert de l’agglomération creilloise

L’estuaire de la Brêche constitue la seule zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF) de l’agglomération. Nous vous l’avons signalé à plusieurs reprises, il est très regrettable que ce lieu soit transformé en point de déversement des gravats et déchets en tout genre de l’agglomération. Sans parler des cannettes de bière et sacs de déchets McDo-Quick qui jonchent le sol, on peut trouver le long de la Brêche tous les déchets de notre société de consommation, des sanitaires, mobiliers usagers, jusqu’aux voitures brûlées et à l’arrivage récent d’une dizaine de vieux pneus à 5 mètres du confluent avec l’Oise…

Nous formulons à nouveau le vœu que soit réalisée la fermeture des accès routiers à l’Oise et à la Brêche, au minimum à partir du chemin qui longe l’incinérateur, en limitant l’accès à ce chemin aux piétons, cyclistes, pompiers et agents en charge du contrôle de la station d’épuration.

Au-delà de la fermeture des accès, nous vous proposons d’aller plus loin et de transformer en zone dédiée à la nature le territoire qui va du parc de la Brêche jusqu’à l’Oise, en y incluant la rive droite de la Brêche et la friche Barbault. Ce territoire est la zone naturelle d’expansion des crues de l’Oise et de la Brêche. Ce territoire, inondé en 2000-2001 (ce n’est pas si vieux) n’a pas vocation à accueillir des constructions. Il nous semblerait judicieux de faire revenir à la nature les deux rives de l’estuaire de la Brêche, en reconstituant la ripisylve et en y créant des sentiers de promenade et de découverte de la nature. La réalisation de ce corridor biologique entre la forêt d’Halatte et la vallée de la Brêche pourrait s’inscrire dans un partenariat avec le Parc naturel régional Oise-Pays-de-France.

Je vous informe en outre que des boutures d’arbres exceptionnels (une quinzaine de populus nigra) ont été prélevées dans la vallée de la Brêche et au bord de l’Oise par l’INRA, dans le cadre du programme national de conservation des ressources génétiques forestières, piloté par le ministère de l’agriculture (sous direction de la forêt et du bois) et la pépinière conservatoire de l’Etat située à Guéméné-Penfao. Ces travaux visent à prélever des rameaux d’individus encore vivants, afin de les sauvegarder, lorsqu’ils ont un intérêt national au titre de la conservation, puis de les multiplier et de les réintroduire dans le milieu.

Les individus prélevés font maintenant partie de la collection nationale des peupliers noirs indigènes (à distinguer des grands peupliers « en quenouille » utilisés en clôtures brise-vent). Ils peuvent être utilisés pour des opérations de reconstitution écologique des ripisylves.

Les peupliers noirs bouturés à Villers-Saint-Paul, âgés de 40 à 80 ans, aux dimensions et formes remarquables sont symptomatiques des cours d’eau peu anthropisés ayant conservé une ripisylve. Ils ont pour caractéristique de fixer les berges par un extraordinaire système racinaire, constituant un excellent filtre aux polluants présents dans le sol (utile à proximité du crassier). La tendance est néanmoins à leur disparition, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi européenne, en raison de l’endiguement et de la régulation de la majorité des cours d’eau. Leurs conditions de reproduction, particulièrement exigeantes, sont de plus en plus rarement observées en milieu naturel : en effet, la germination des graines ne peut avoir lieu en avril-mai qu’à des conditions de température et de lumière très précises, sur des sédiments humides récemment déposés par une crue et sans concurrence herbacée. On ne retrouve plus ces conditions que dans de rares cours d’eau autorisés à divaguer entre plusieurs bras de rivière avec constitution de petites îles et grèves érodées.

Aujourd’hui, les membres de notre association demeurent inquiets de voir la façon dont les arbres de la ripisylve sont gérés. Des peupliers noirs, frênes et noyers indigènes sains sont coupés de façon improvisée, sans document d’aménagement, tandis qu’on laisse dépérir des marronniers sans aucun intérêt pour la ripisylve. Le syndicat mixte en charge de la gestion de la Brêche ne nous a d’ailleurs jamais répondu pour expliquer sa politique de gestion de la ripisylve de la basse vallée de la Brêche.

Restant à votre disposition pour aborder plus en détail ces sujets, je vous prie d’accepter, Monsieur le Maire, mes meilleurs salutations les plus écologiques en ce début d’année 2010.

Le Président d’Alerte aux déchets

Pierre BOUILLON


imprimer cet article
Imprimer cet article